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Le Arizal nous enseigne que le jour Pourim est plus saint que celui de Kippour puisque la Torah appelle celui-ci Yom Hakipourim, le jour qui est comme Pourim. C’est-à-dire que la référence est le jour de Pourim est que le jour de Kippour lui est comparable. Nous pouvons dans un premier temps nous demander comment le jour de Pourim pour lequel il n’y a pas apparemment de solennité particulière comme celui de Kippour peut-il avoir un tel statut ? La seconde question qui nous vient à l’esprit est : mais quel rapport existe-t-il entre Pourim et Kippour ?

Concernant la fête de Pourim en elle-même, une halakha du Choulkhan Aroukh nous indique que nous devons boire au point de ne plus savoir la différence entre Baroukh Mordekhai et Arour Haman. Quel est le sens de cette kalakha ?

Pour tenter de répondre à ces questions, nous rapportons un midrash sur la paracha Vayishlakh. Quand Yaakov Avinou se bat contre l’ange de Essav et qu’il gagne son combat, il attrape l’ange et lui demande de le bénir. L’ange lui répond alors qu’il doit le laisser partir car une seule fois dans la vie d’un ange, celui se présente devant Hachem pour réciter la Kedousha et il se trouve que ce rendez-vous si important est justement aujourd’hui. On comprend que l’ange ne veuille pas rater ce rendez-vous, mais dans ce cas-là, pourquoi a-t-il justement choisi ce jour-là pour aller se battre avec Yaakov Avinou ? Il aurait apparemment été plus logique de choisir le lendemain, une fois sa tefilah récitée. On peut aussi remarquer que cet ange dévoile à Yaakov Avinou qu’il est le Yetser Hara. En effet, quand Yaakov lui demande son nom, il lui répond : « Lama zé tichal lichmi ? », littéralement, « Pourquoi me demandes-tu mon nom ? ». Le Mégalé Amoukot nous apprend que le nom de cet Ange est « Lama zé » (« pourquoi cela ? »), c’est cela qu’il lui répond car c’est son nom. On peut par exemple le voir quand Rivka iménou se rend chez Chem vééver car l’enfant dans son ventre se manifeste quand elle passe devant une maison d’idolâtrie, elle s’exprime « Lama zé anoh’i ! », sous-entendu, « Lama zé » se trouve dans mon ventre ! Donc pourquoi cet Ange doit-il attendre ce moment précis pour aller réciter la Kedousha devant Hachem ?

La réponse à cette question nous apprend un enseignement fondamental sur la raison d’existence du Yetser hara. En effet, l’Ange ne pouvait pas monter se présenter devant son Créateur tant qu’il ne s’était pas battu avec Yaakov et qu’il ait perdu ce combat. Toute la raison de la création du mauvais penchant est de nous tenter mais de perdre le combat. À ce moment-là, l’Homme franchit un palier et justifie la création même du mauvais penchant. On constate d’ailleurs que à partir de ce moment, Yaakov Avinou change de nom et se nomme désormais Israël. La guematria de Yaakov (182) + celle de Satan (359) = 541 la même que celle de son nouveau nom, à savoir Israël (541). C’est-à-dire que le Yetser hara n’a pour but que de nous faire avancer et de nous faire franchir un palier supplémentaire. Quand une épreuve se présente, le fait d’être conscient de cela nous permet de voir l’épreuve autrement ; une opportunité de se battre, de gagner et d’en sortir grandi.

Le jour de Yom kippour, un service surprenant avait lieu à l’époque du Beth Hamikdash. 2 boucs étaient choisis et à la suite d’un tirage au sort, le premier était sacrifié pour Hachem et son sang était aspergé dans le Kodesh Hakodashim quant au second, il était envoyé en Korban Laazazel, littéralement « sacrifice au mauvais côté ». Comment est-il possible que le jour de Yom Kippour, un tel service puisse avoir lieu ? Avec la notion vue précédemment, il nous est permis de comprendre un aspect de ce Korban. En effet, le jour de Yom Kippour, le Satan n’a pas d’emprise sur nous. Ce jour, nous reconnaissons devant Hachem que lui aussi a un but positif dans notre avodat Hachem et que sa création est un Hessed qui nous permet d’avancer. Toute l’année, nous nous battons contre lui mais le jour de Kippour, cette « trêve » nous permet de nous rendre compte que chaque détail de notre existence, même les épreuves dans notre avodat Hachem sont pour notre bien et notre amélioration.

Le personnage principal de l’histoire de Pourim n’est ni Esther, ni Mordekhaï mais bel et bien Hamman ! Tous les évènements qui s’enchaînent ne sont que le résultat des action d’Hamman ; la mort de Vashti (c’est lui qui conseille Akhashveroch de la tuer), l’ascension d’Esther (c’est lui qui propose au roi de se remarier et d’organiser l’élection de la future reine), le conflit avec Mordekhaï, le décret sur les juifs, l’insomnie du roi (qui ne comprend pas pourquoi Esther veut l’inviter avec Hamman), jusqu’au triomphe de Mordekhaï (qui obtiendra ce que Hamman a demandé au roi pour lui-même) et le dénouement où il sera pendu à sa propre potence. On s’aperçoit dès lors que tout ce qui nous a permis d’atteindre la joie de Pourim, c’est Hamman lui-même et les juifs ont compris que chaque épreuve, chaque tentative d’Hamman nous a permis de nous remettre en question, de faire techouva et de vivre la délivrance. Le message de Pourim c’est justement de nous rendre capables de voir dans chaque épreuve la main d’Hachem pour nous permettre d’avancer. En cela, la sainteté du jour de Pourim est supérieure à celle de Kippour car ce jour-là, nous l’avons compris de nous-même. Chaque évènement était en fait une marche à gravir pour atteindre la Yechoua. Sans ces épreuves, il ne nous est pas possible de grandir et de nous parfaire.

La première fois où dans l’Histoire nous savons ce qui s’est passé le 14 Adar, le jour de Pourim est l’année de la sortie d’Egypte. Chaque plaie durant un mois et la dernière ayant eu lieu le 14 Nissan, un mois avant a commencé la plaie de l’obscurité. Selon Hazal, c’est le Or Hagnouz (lumière de la création) qui était tellement forte qu’elle aveuglait les égyptiens tandis que du côté des juifs, layéoudim aïta aora vesihma, une grande lumière et une grande joie. Ceux dont le niveau spirituel était suffisamment élevé, qui avaient compris que kol deavid rakhamana letava avid, tout ce qu’Hachem fait est uniquement pour le bien, y voyaient encore plus clair que les autres jours et ont alors éprouvé une immense joie de voir le dévoilement d’Hachem et le niveau que les épreuves d’Egypte leur avait permis d’atteindre. Alors la sortie d’Egypte a pu avoir lieu pour aboutir à Matan Torah et l’entrée en Erets Israel. Là encore, le premier Pourim de l’Histoire nous a appris que même les épreuves qui paraissent les plus difficiles à surmonter nous permettent d’atteindre des niveaux inespérés.

Pour terminer, là aussi nous voyons ce message dans la mitsva de boire à Pourim jusqu’à ne plus savoir s’il faut dire baroukh Mordekhaï ou Arrour Hamman. Ces deux expressions ont exactement la même guematria puisque, arrivés à Pourim, nous avons atteint ce niveau de comprendre que aussi bien dans les moments où Hachem nous aide à avancer que dans les moments où le Yetser hara nous en empêche, le but est toujours de nous faire grandir et gravir marches après marches pour atteindre notre potentiel.

Pourim Saméakh.

 

Michael Ouaknine